Savoir s’écouter et se poser des limites pour avancer

interview Jordana Le Gall Happy Life Box

Oser voir grand n’est pas l’apanage des startup. La preuve avec Jordana. Commerciale reconvertie au développement personnel à la suite d’un grave accident de la route, elle créé en 2017 Happy Life Box : un projet original alliant développement personnel et coaching. Le tout dans une box. Un projet ambitieux qui va rapidement prendre « possession de l’entièreté de sa vie ».

Dans cette interview, Jordana nous explique comment elle a su qu’Happy Life Box était LE projet (elle qui fourmille d’idées). Avec beaucoup d’humilité, elle nous raconte les difficultés de mener à bien ce projet seule et comment elle a su redonner un second souffle à Happy Life Box (et à elle-même). Et bien sûr, nous en avons profité pour lui demander quelques conseils de développement personnel !


J’ai lu qu’avant de créer Happy Life Box tu avais eu (toi aussi) une tonne d’idées de projets d’entreprise. Est-ce que tu peux nous parler un peu plus de ces idées que tu as eues, jusqu’où tu creusé ces idées et ce qui fait qu’elles n’ont finalement pas vu le jour ?

En fait, je n’ai pas changé : je continue d’avoir plein d’idées de projets (rires) ! Une des idées que j’avais eue par exemple, c’était avec l’essor d’Air BNB, je me suis dit pourquoi pas créer un système de conciergerie pour ceux qui veulent louer leur appartement et qui n’ont pas envie de gérer la logistique. J’ai commencé à noter mes idées, je réfléchissais à mon offre de service… J’approfondis vraiment mes idées.

Et finalement, je laisse d’autres personnes le réaliser. Sans raison réelle. Avec le recul, aujourd’hui je me dis que si ces idées n’ont pas vu le jour, c’est qu’il devait en être ainsi. Si les choses doivent se faire, elles se font de manière naturelle, sans complication.

comment as-tu donc su que Happy Life Box était enfin le bon projet pour toi ?

Je le sentais. Je ne me suis pas posée de question. Quand tu ne te poses plus de question, c’est que tu as trouvé « la » bonne idée, que tu es sur la bonne voie. Ça ne veut pas dire que ça va être l’unique projet, mais ça signifie qu’à ce moment précis de ta vie, c’est vers-là que tu dois aller.

Avec Happy Life Box, j’ai foncé tête baissée, peut-être un peu trop d’ailleurs (rires) ! Mais c’est dans mon tempérament d’être dans l’action. Je n’ai pas posé le pour / le contre. J’ai eu l’idée, 1 mois après j’étais à la recherche de fournisseurs, j’avais déposé le nom, etc. A aucun moment, je ne me suis retournée en me demandant si j’y allais ou pas. Ce sont des choix qui viennent du cœur.

Tu n’as jamais eu de doutes par rapport au projet ?

Au lancement, non (rires) ! J’étais sûre de mon projet sinon je ne me serai pas lancée. Mon envie de le concrétiser prenait le dessus sur « est-ce que ça va marcher ou pas ? ». Les premiers mois du projet, j’étais dans l’euphorie. Par la suite, la charge de travail s’est fait ressentir. Trop de travail. Je m’étais lancée seule dans un projet assez ambitieux. Je n’avais pas mesuré que ce projet était trop lourd à gérer pour une seule personne. Alors oui, à un moment, j’ai eu des doutes sur la poursuite ou non du projet. Mais jamais sur le projet en lui-même.

A quoi ressemblait justement ta charge de travail sur une journée / une semaine à cette époque ?

Happy Life Box avait pris possession de l’entièreté de ma vie, de mon quotidien : je mangeais Happy Life Box, je dormais Happy Life Box, je rêvais Happy Life Box. Le nombre d’heures de travail que cela représentait ? Je ne le calculais même pas ! Il n’y avait plus de frontière entre ma vie pro et ma vie perso. Je pensais tout le temps Happy Life Box. Semaine, week-end, je ne différenciais pas. Je prenais du temps pour moi quand j’en avais besoin : c’est l’avantage quand tu es à ton compte, tu peux te permettre des libertés quand tu en as envie.

Mais faut-il encore se le permettre ..

Tu arrivais quand même à prendre du temps pour toi malgré ta charge de travail ?

Je ne prenais quasiment pas de vacances. Et quand j’en prenais, je partais bien-sûr avec mon ordinateur !

Fin 2018, submergée par la charge de travail, tu décides de mettre le projet en pause pendant quelques mois. A ce moment-là, tu songes à laisser tomber Happy Life Box ?

Quand j’ai pris cette décision, j’avais vraiment envie et besoin de faire une pause, de me laisser quelques mois pour aller mieux afin d’envisager la suite à donner à Happy Life Box. Je savais que reprendre le projet seule, ce serait compliqué. Trouver des personnes avec qui m’associer pour continuer Happy Life Box était l’option que je voyais la plus appropriée. A ce moment-là, je ne souhaitais pas réfléchir à l’après, aux solutions qui se présenteraient ou qui pouvaient être envisageables. Je me suis dit que je trouverais les solutions en temps voulu, qu’elles viendraient naturellement.

Et c’est ce qui s’est passé.

Qu’as-tu fait alors durant cette pause ?

J’ai quitté Paris, j’ai rendu mon appartement. J’ai tout arrêté. La rupture a été assez nette.

Je me rappelle qu’à la fin, quand je voyais une commande passée, c’était même devenu anxiogène. J’étais vraiment arrivée à un point où il fallait que j’arrête et que je prenne du temps pour moi. J’ai arrêté assez brutalement. Je suis partie en Indonésie pendant 9 mois. Pendant ces 9 mois, j’ai juste pris du temps… à ne rien faire tout simplement. J’ai appelé ça, l’art de « floatter ».

Quelles sont les lectures qui t’ont aidé à retrouver de l’énergie pendant cette coupure ?

Je ne dirais pas que ce sont des livres qui m’ont aidé à retrouver de l’énergie. C’était plutôt des lectures personnelles liées à mes intérêts du moment.

Si je devais ne retenir que 2 livres qui m’ont marqué, ce serait :

  • Femmes qui courent avec les loups de Clarissa Pinkola-Estés et Marie-France Girod : une vraie révélation pour moi en tant que femme. Ce livre m’a ouvert à mon féminin et m’a permis de cheminer plus en profondeur sur cette voix.
  • La maîtrise de l’amour de Don Miguel Ruiz : Ce livre a été la cerise sur le gâteau d’une nouvelle vision de l’amour que j’étais en train de réapprendre. Il a renversé ma vision de l’amour. En partant à Bali, j’avais cette intuition que j’allais aussi changer ma perception de l’amour, du couple, de ma relation aux hommes. Ce livre a fait partie de ce cheminement. Je le conseille vivement !! Pour éviter de confondre amour et attachement par exemple.

Est-ce qu’il y a des pratiques que tu as (re)-découvertes également durant cette phase d’introspection ?

Ce qui m’a fait du bien pendant cette période, c’est le yoga et la méditation. J’ai suivi une formation de prof de yoga en Indonésie. J’en pratiquais déjà avant de partir mais aujourd’hui le yoga a pris beaucoup plus de place dans mon quotidien. J’essaie d’en faire tous les matins.

Et puis j’ai inventé un mot là-bas : le floating. Quand on me demandait : « Jordana, tu fais quoi là ? » , je répondais : « Je flotte »

– « C’est-à-dire Jordana ?!? »

Et bien en fait je ne faisais rien. J’étais vraiment présente à l’art de ne rien faire. Souvent on me demandait « Alors qu’est-ce que tu as visité à Bali ? ». Mais en fait, je n’ai rien visité. Je n’étais pas partie pour faire un tour du monde en sac à dos.

J’étais venue me poser et me reconnecter à moi, à mon cœur. Je partais dans une démarche d’introspection. J’ai vécu ces moments de remise en question où il y a des choses qui ressortent et qui permettent d’avancer, de savoir ce que je veux, ce que je ne veux pas, de savoir me poser des limites aussi. Et surtout savoir ce qui vibre, ce qui ne vibre pas.

Aujourd’hui, je suis revenue de cette aventure, avec un nouveau bébé, Happy Ferme. Happy Ferme à la base, c’était juste un endroit où je voulais vivre. Je ne voulais plus être à Paris, je voulais me reconnecter à la nature. Et de fil en aiguille j’en ai fait quelque chose d’un peu plus grand. Ce temps que j’ai pris me permet aujourd’hui de savoir m’écouter. Et ce temps-là, il faut le prendre. Pour se poser. Je pense que c’est le plus beau cadeau qu’on puisse se faire : savoir s’écouter.

Le projet renaît avec 2 nouvelles personnes qui ont rejoint l’aventure. Comment les as-tu rencontrées ?

Au bout de 6-7 mois à Bali, je me suis dit que je n’allais pas pouvoir faire l’autruche 50 000 ans (rires) !

Le postulat était simple : seule, je ne recommencerais pas. Parce que j’allais me remettre dans la même situation et ce ne serait pas gérable. A ce moment-là, j’avais aussi dans l’idée de tourner une page, de passer à autre chose. Je ne savais pas quoi mais j’avais envie de passer à autre chose. J’ai envoyé un mail à mon réseau en leur annonçant qu’Happy Life Box cherchait des repreneurs. Je voulais vendre Happy Life Box, vendre la marque. J’étais étonnée de recevoir autant de réponses à ce mail. Au fur et à mesure des échanges, l’étau s’est resserré autour de 2 personnes. En échangeant avec elles, l’idée que je continue l’aventure étaient importante pour elles, parce que je suis à l’origine de Happy Life Box et qu’il y a tout un historique.

Nous sommes aujourd’hui 3 associés, peut-être 4 bientôt. Nous développons un réseau d’entraide pour faire évoluer et grandir le projet.

Entre Happy Life Box avant ta pause et le nouveau Happy Life Box, qu’est-ce qui change ?

Les boxs sont désormais conçues avec des produits exclusivement Made in France, des produits éco, des prestataires français. Jusqu’ici ce n’était pas un critère de sélection. Ensuite en termes de contenu, nous essayons de faire évoluer l’approche et l’offre. Nous avons décidé d’arrêter l’abonnement mensuel et de sortir une box par trimestre pour commencer. Et nous verrons ensuite comment ça reprend.

Et puis il y aura des choses en plus. Avant, c’était un guide avec des accessoires. Maintenant on a rajouté le côté « offre » : nous négocions des offres auprès de coachs, sur des événements, des retraites, des conférences qui sont toujours liés au thème de la box. Nous voulons vraiment rajouter ce côté « expérientielle » dans la box. Ce n’est plus juste apprendre des choses dans son coin, c’est aussi aller pratiquer, expérimenter. Nous voulons également apporter le côté découverte : le développement personnel c’est large, c’est vague. Dans cette nouvelle Happy Life box, nous voulons faire découvrir des méthodes, des techniques, des courants pour que la personne puisse par la suite retenir ce qui lui convient.

Nous sommes moins dans l’accompagnement / coaching mais plus dans la découverte.

Régulièrement dans les livres ou des articles traitant de développement personnel, les auteurs recommandent aux lecteurs de mettre en place une routine. Est-ce que toi tu as une routine ? En quoi consiste-t-elle ? Qu’est-ce cela t’apporte au quotidien ?

Pour être totalement honnête, ça a toujours été compliqué moi et les routines. Surtout en ce moment car je ne suis pas chez moi. Mais si je dois résumer ma routine, c’est yoga le matin et méditation. Je suis à l’écoute de mon corps, de mes sensations. Je ne vais pas forcément me tenir à cette routine tous les jours. Si un matin je me lève et que je n’ai pas envie : je ne vais pas le faire et surtout, je ne culpabilise pas. Parce que c’est ça le problème avec les routines : tu t’imposes des trucs et quand tu ne les fais pas, c’est effet boomerang : tu culpabilises. Et c’est totalement contre-productif.

Je pense qu’il est important que chacun trouve la routine qui lui fait du bien sans s’imposer un rythme militaire. En revanche, je pose qu’il faut aussi savoir se poser des limites pour ne pas se laisser aller. Traîner toute la matinée sans que cela ne t’apporte quoi que soit : c’est tout aussi contre-productif. Il faut savoir ce qui te nourrit ou pas, définir tes besoins pour déterminer les actions à mettre en œuvre.

Je crois avoir lu que le nouveau slogan de Happy Life Box serait « Pratiquez le bonheur ». Est-ce que tu peux nous résumer comment toi tu pratiques le bonheur ?

De manière général, pratiquer le bonheur, c’est découvrir le développement personnel et ses vertus. On en revient à ça finalement. Ma manière en ce moment de pratiquer le bonheur, c’est d’être à la découverte et à l’écoute de mes pensées, de ce qui passe à l’intérieur, pourquoi je suis en train de penser ça, savoir aussi stopper ces pensées qui ne me font pas du bien ou qui ne m’apportent rien.

Et concrètement, comment fais-tu ? Quel(s) outil(s) utilises-tu ?

Il n’y a pas d’outil magique. C’est juste se poser, être présent, écouter ses pensées. L’art de la présence. Ça passe par « muscler » sa présence, car c’est un muscle. Plus tu es à son écoute, plus avec le temps tu auras de facilité à t’écouter parler. Généralement, c’est quand tu as des soucis ou des conflits dans ta vie quotidienne que tu te rends compte de ce « mental » qui est là, qui prend vraiment le dessus parce qu’il se passe quelque chose qui ne va pas. Et l’outil, je dirais c’est juste…le floating (rires) !

Pour finir, quelle leçon principale t’aurait été utile lorsque tu t’es lancée et que tu aimerais partager avec nos lecteurs ?

Alors ce n’est pas une leçon que j’ai apprise, c’est une chose que j’ai faite dès le début : écouter les personne autour de soi et ne pas avoir peur de parler de son projet. Ne pas se dire qu’on va te voler ton idée. Au contraire, je conseille de parler le plus possible de ton projet aux gens qui t’entourent. Parce qu’en en parlant, tu offres la possibilité aux personnes de t’aider, par une mise en relation par exemple avec quelqu’un d’autre qui peut t’aider dans ton projet. A aucun moment, tu ne dois avoir peur qu’on te vole ton idée.

La toute première personne à qui j’ai parlé de mon projet, c’était une coach que je connaissais. Et elle me dit : « Tu sais quoi ? J’ai eu l’idée il y a 3 mois. Et il y a 1 semaine, j’ai décidé d’abandonner l’idée parce que c’était trop de travail. » Cela m’a fait penser au livre Comme par magie d’Elisabeth Gilbert qui dit que les idées vont d’une personne à une autre quand tu ne les réalises pas. Elle avait abandonné l’idée au moment où moi je l’ai eue. Les idées ne sont que des idées : c’est dans l’air.

2ème leçon que j’aurais envie de partager, parce que j’en ai fait l’expérience : si on peut être plusieurs à se lancer, c’est mieux. Je ne me serais certainement pas lancée toute seule si j’avais su. Après ça dépend de l’envergure du projet. Ça ne vaut pas forcément pour tout le monde. En revanche c’est important d’avoir du soutien, même moral. Avoir un entourage qui te soutient, c’est déjà énorme.

Et dernière leçon : ne pas avoir peur de l’échec. Échouer ce n’est pas grave car tu sauras rebondir. Mais surtout cette expérience que tu auras tentée te fera tellement grandir ! Alors vas-y, fonce !


🔎 Où retrouver notre invitée ?

Pour en savoir sur Jordana et suivre ses projets 👉 https://www.jordanalegall.com/

Envie de (re)découvrir le développement personnel à travers ses boxs ? 👉 https://www.happylifebox.fr/


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