Comment valider le potentiel de ton projet

valider le potentiel de son projet

Jeudi 18h30. Sur le quai de la ligne 6, une jeune fille est sur le point de se faire chiper son portefeuille. Un classique dans la vie parisienne. Sauf qu’aujourd’hui, cette scène t’inspire une idée encore plus géniale que le bar à sieste : et si tu créais un sac à main anti-pickpocket ? Tu en sûr·e : cette idée, c’est du génie ! Ton cœur palpite, les idées fusent, ton cerveau est en ébullition.

STOP ! Loin de moi l’idée de gâcher ce moment d’euphorie créative par des considérations pragmatiques. Mais avant de liquider ton livret A pour financer ton plan B, prends un instant pour réfléchir au potentiel réel de ce projet.

As-tu ce qu’il faut pour lancer ce projet ?

Le point sur ta motivation

Pour que ton projet ait des chances d’être un « succès » (ou au moins d’être un projet qui te permette de financer ton train de vie et toutes tes envies), il faut que tu sois prêt·e à l’aimer, pour le meilleur et pour le pire, et ne pas déguerpir à la première difficulté.

Pour ça, pose-toi sincèrement la question : « Que suis-je prêt·e à sacrifier pour concrétiser ce projet ? ». Oui, l’amour c’est des compromis. Et si tu n’es pas prêt·e à renoncer à certaines dépenses pour financer ton projet, à certaines soirées télé pour faire avancer ton projet, alors ce n’est même pas la peine d’y aller. Car ce qui t’attend après, tu ne seras jamais prêt·e à l’assumer.

Ton projet doit te faire vibrer, voire t’obséder. Comme en amour, penser à ton projet te colle illico un sourire colgate sur ton visage. Les idées viennent aisément, tu fais les choses naturellement, sans te forcer. C’est fluide.

Le point sur tes ressources

Ta motivation est une ressource-clé pour faire avancer ton projet. Mais tu ne peux pas compter que sur celle-ci pour créer ton business de sacs à main anti-pickpocket.

 Tu auras besoin

  • De Compétences & soft skills : évidemment ici, des talents en stylisme ou 5 ans de DIY vont être grandement utiles pour la conception de ces sacs à main. Outre tes compétences techniques, tu peux aussi capitaliser sur tes soft skills (des compétences transférables acquises et développées lors de tes précédentes expériences comme la créativité ou la gestion du temps par exemple)
  • De ressources matérielles / logiciels : patrons, tissus, machine à coudre, etc
  • De ressources financières
  • De ressources humaines : peut-être auras-tu besoin de t’associer à un modéliste ou un sourceur ?
  • De partenaires / sous-traitants : fabricants, atelier, bureau d’étude, prototypiste freelance mais aussi distributeurs (boutiques…), influenceurs / presse pour donner de la visibilité à ton projet
  • De temps ! Surtout si tu mènes ce projet en parallèle d’une autre activité

Dresse la liste des ressources nécessaires à ton projet (pour t’aider, utilise celui qui est dans le guide à télécharger) en distinguant ce que tu possèdes déjà et ce qu’il te manque.

Tu te retrouveras sûrement avec une liste longue comme le bras avec un certain nombre de trous à combler.

En réalité, tu n’as pas besoin de tout ce que tu as listé. Du moins pas pour commencer. Car au début pour toi, l’enjeu est de tester ton idée, d’avoir des retours sur ton produit. Et pour ça, une version simplifiée suffit.

Reprends ta liste et demande-toi ce qui est vraiment indispensable pour concevoir cette première version de ton produit. Et pour ce qu’il te manque, demande-toi ce que tu peux mettre en place pour y pallier.

  • Il te manque une compétence ? Trouve un tuto sur Internet ou suis une formation
  • Côté matériel : une machine à coudre et quelques tissus feront l’affaire pour commencer. Inutile de te lancer dans de grands investissements. Et sinon, pourquoi ne pas passer par un fablab pour imprimer ton prototype de sac en 3D ?
  • Côté finance : il te faut juste de quoi financer l’achat de matières premières pour la confection de ton prototype. Et si les retours de ta cible sont encourageants, tu peux envisager le crowdfunding pour financer la production d’une première collection de sacs.
  • Partenaires / sous-traitants : capitalise sur ton réseau, intègre les groupes en ligne en lien avec ton activité pour obtenir des conseils ou des contacts de fournisseurs / distributeurs par exemple. Participe aux événements qui se rapporte à ton secteur (mais pas que !) pour parler (et faire parler) déjà de ton projet.
  • Le temps : si tu as un boulot à côté, il faut que tu arrives à te dégager du temps pour avancer sur ton projet. A toi d’arbitrer sur ce qui va prendre moins de place dans ta journée pour laisser plus de place à ton projet. Rappelle-toi : l’amour, c’est des compromis. Découpe ton projet en sous-projets (exemple : sourcing / prototypage / formation / communication) et définis le temps que tu peux consacrer chaque semaine à chacun de ses items

Y a-t-il une place sur le marché pour ce projet ?

Le potentiel de ton projet dépend également de l’état du marché et de l’environnement dans lequel tu vas évoluer.

Un marché saturé ou en déclin va nécessiter de la créativité de ta part pour réussir à faire exister ton projet. Ce n’est pas mission impossible pour autant.

L’étude de marché va justement te permettre de trouver TA place sur le marché en analysant :

  • L’état actuel du marché : taille du marché (en euros et en quantité vendue), l’évolution ces dernières années, les perspectives d’évolution, les tendances, les barrières à l’entrée…
  • Les forces en présence
CLIENTS nombre, localisation, comportements & motivations d’achat, budget…
CONCURRENTS directs (ceux qui proposent la même chose que toi), indirects (ceux qui satisfont le même besoin que toi), offres, localisation, ancienneté, notoriété…
FOURNISSEURS qui sont-ils ? quelles sont leurs conditions de vente, leur pouvoir de négociation ?
PARTENAIRES ceux sur qui tu vas t’appuyer pour relayer / faire connaître ton offre : prescripteurs, influenceurs, distributeurs…
  • Les éléments extérieurs pouvant impacter ton activité : politique, économique, social, technologique, environnemental, légal, aussi appelé analyse PESTEL (rassure-toi, je t’ai mis un exemple dans le guide à télécharger).

Bien souvent, cette étape a tendance à nous décourager car :

  • on se rend compte que notre idée de génie, dont on pensait détenir l’exclusivité, a déjà germé dans d’autres cerveaux tout aussi inspirés,
  • c’est un travail fastidieux (et carrément ennuyeux).

Mais c’est une étape obligée pour maîtriser l’environnement dans lequel tu vas évoluer et décider ainsi du positionnement à adopter. A l’heure d’Internet, tu pourras trouver (plus ou moins aisément) les informations essentielles pour te forger une idée du marché.

Aide-toi du guide (à télécharger ci-après) pour compiler les informations que tu auras trouvées.

Ta cible en a-t-elle quelque chose à carrer ?

Tu auras beau concevoir un sac qui soit un petit bijou de technologie, si tes utilisateurs n’en ont rien à faire de se faire chiper leurs affaires, ta petite affaire à toi est vouée à l’échec.

Et là, tu as envie de me répondre « Attends Katia, je suis sûr que si on interrogeait la pauvre fille du métro de la ligne 6, elle approuverait à 100% mon idée ! ».

Et ben oui justement : demande-lui. Et demande à d’autres usagers du métro pendant que tu y es. Sans oublier les touristes (if you speak English. Or Japanese).

Parce que tant que tu n’as pas interrogé ta cible, tes hypothèses ne valent pas un clou.

Peut-être que ta cible n’est pas prête à troquer son sac Vuitton so chic pour un sac que personne ne lui enviera.

Peut-être qu’elle préfèrerait juste un système « anti-vol » utilisable sur chacun de ses sacs.

Ou peut-être voudrait-elle juste un sac où enfin la glissière se ferme de l’arrière vers l’avant (et non l’inverse bon sang !!)

Avec des « peut-être », on mettrait Paris à la poubelle. Peut-être.

Mais ça, tu ne le sauras qu’en sondant tes futurs utilisateurs. Et en étant ouvert à leurs réponses et suggestions. Sinon, à quoi ça sert ?

Comment interroger ta cible ?

Le questionnaire en ligne

C’est un bon moyen de tester l’intérêt du projet et récolter des adresses mails pour communiquer sur le lancement de ton activité.

La limite ici, c’est que tu n’auras accès qu’à la première couche de l’oignon. Les gens accordent généralement peu de temps pour répondre à ce type de questionnaire en ligne et répondent volontiers quand les propositions de réponses sont déjà suggérées. En clair, tu exposes tes hypothèses et eux choisissent celles qui collent le plus à leur situation. Peu de chance ici qu’ils te soumettent d’autres hypothèses de travail ou suggestions.

C’est d’ailleurs pour cette raison que tu dois doubler le questionnaire d’un entretien en tête-à-tête (ou par téléphone).

Pour que les réponses obtenues soient exploitables, encore faut-il que les questions posées servent ton objectif de départ : quelles sont les informations essentielles dont tu as besoin pour commencer ? Inutile de demander aux répondants s’ils préfèrent les sacs aux motifs aztèques ou à imprimé tropical : à ce stade du projet, tu t’en fous !

Ce qui va t’intéresser plutôt, c’est (grosso modo) :

  • Savoir si ta cible a déjà été victime de pickpockets ou si elle craint de se faire voler ses effets personnels
  • Dans quelles conditions a-t-elle déjà subi ces méfaits ou dans quelles circonstances craint-elle de se faire voler ?
  • Comment fait-elle pour se prémunir des vols ? Quelles solutions (ou techniques) utilise-t-elle ?
  • Qu’est-ce qui ne la satisfait pas dans les solutions existantes sur le marché ?
  • Que pense-t-elle d’un sac à main anti-pickpocket ?
  • Qu’est-ce qui la pousserait à acheter ton sac à main ?
  • Au contraire, qu’est-ce qui la freinerait ?
  • Quel prix maximum accepterait-elle de payer pour ce sac à main ?

J’ai fait volontairement simple mais tu as saisi l’idée : aller droit au but. Idéalement, ton questionnaire ne devrait pas demander plus de 5 minutes pour y répondre. Car sur Internet, les sollicitations sont nombreuses et notre attention limitée.

Tu trouveras dans le guide des conseils pour bien rédiger ton questionnaire et obtenir un maximum de réponses.

L’entretien en tête-à-tête

L’objectif ici c’est de faire parler ta cible, la laisser s’exprimer librement sur les points abordés lors du questionnaire, mais en les approfondissant avec elle pour révéler les autres couches de l’oignon.

Exemple : comment s’est-elle sentie suite à ce vol ? qu’a-t-elle ressentie ? pourquoi ? si elle avait une baguette magique, quelle solution imaginerait-elle ?

Tu vas ainsi découvrir comment ta cible parle de son problème (et d’ailleurs, tu sauras quel est son vrai problème, qui peut être différent de ton postulat de base), entendre le vocabulaire qu’elle utilise pour te l’approprier dans tes futures communications sur le projet (et notamment formaliser une proposition de valeur qui parle à ta cible).

Pour tirer le meilleur parti de ces entretiens, il faut que tu sois dans une démarche d’écoute active, que tu sois curieux et surtout que tu n’aies pas peur de remettre en question ton idée de base. Rappelle-toi, ta cliente n’a peut-être pas envie d’un sac anti-pickpocket mais peut-être juste un dispositif anti-vol.

Et après ?

En te basant sur les éléments que tu as recueillis sur ton marché et les besoins / attentes de ta cible, tu vas pouvoir créer la première version de ton offre / produit : une version simplifiée (appelé aussi MVP, Minimum Viable Product) destinée à tester ta proposition de valeur. Grace à cette v0, tu vas recueillir des feedbacks pour améliorer ton offre / produit. C’est en faisant ce va-et-vient entre conception et avis utilisateurs que tu aboutiras à une version finale que tes utilisateurs vont adorer.

Ok Katia, mais à quoi ça ressemble un MVP ?

Ici pour l’histoire du sac à main anti-pickpocket, ce peut-être un prototype ou juste des croquis du sac.

En fonction de ton projet, ce MVP peut prendre diverses formes :

  • Tu veux créer et vendre ta propre bière ? Commence par créer 1 ou 2 recettes dans ta cuisine, chez toi, et organise des dégustations de ta bière
  • Comme Laura qui a créé Cohome, tu veux créer une plateforme qui mettent en relation 2 catégories d’individus (dans le cas de Cohome, elle mettait en relation des entrepreneurs cherchant un espace où travailler avec des individus disposant d’un espace de travail et ne voulant pas travailler seul chez soi) : commence par créer un groupe Facebook où chacun pourra poster ses annonces
  • Tu veux créer une appli ? Commence par créer une landing page (une page web simple) où tu vas teaser ton appli : présenter ta proposition de valeur, les visuels de ton appli (réalisés avec des outils de mockup comme PlaceIt) et proposer aux futurs utilisateurs de laisser leur email pour être prévenu du lancement de l’appli.

En résumé :

Démarre modestement. Demande l’avis souvent. Améliore-toi constamment. Et n’oublie pas : ne fais jamais semblant ! #MEANWHATYOUDO


A toi de jouer ✍!

Télécharge le guide Valide le potentiel de ton projet pour faire le point sur

  • Tes ressources
  • Ton marché
  • Tes futurs utilisateurs